News - Hommage d'Eminem à Proof & fusillade à Detroit

News - Hommage d'Eminem à Proof & fusillade à Detroit
La violence continue toujours à sévir dans le monde du Hip-hop. A peine deux jours après l'assassinat du rappeur Proof à Detroit, des coups de feux ont retenti aux environs du bar C-Note, le jeudi 13 avril à l'aube (vers 1:30), lors d'une soirée Hip Hop en l'honneur de la sortie d'un album. Deux personnes ont été touchées. La première a succombé à ses blessures, alors que la seconde victime, immédiatement transportée à l'hôpital de St. John, se trouve encore dans un état critique.

Des rumeurs auraient rapporté que le rappeur John Drama serait la première victime, celle qui a été tuée sur le coup. Mais son manager dément en annonçant qu'il s'agit d'un ami du rappeur. La police n'a pas encore officiellement dévoilée les noms des deux victimes, mais une femme aurait été au c½ur de la dispute ayant précédée la fusillade. Pour le moment, aucune arrestation n'a été faite. La police poursuit son enquête et tente de découvrir si un lien existe entre ce drame et le meurtre de Proof.

Eminem, que l'on avait vu en pleurs à l'annonce du décès de son ami Proof, lui rend hommage et prend en charge ses funérailles. Le rappeur a posté un message sur son site Internet : « RIP Proof. Les préparatifs pour les funérailles sont en cours. Sa famille et ses amis apprécieront le respect de leur intimité durant cette période difficile. Des dispositions sont également prévues afin que les fans puissent également se recueillir. Plus de détails seront postés sur le site officiel de Proof IronFistRecords.com. »

Le rappeur a également posté un message sur le site officiel du groupe D12 : « Vous ne savez jamais vraiment par où commencer quand vous perdez quelqu'un qui tenait une part importante dans votre vie depuis un long moment. Proof et moi étions frères. C'est lui qui a fait ce que je suis aujourd'hui. Sans ses conseils et ses encouragements, il y aurait eu un Marshall Mathers, mais probablement pas de Eminem et sûrement pas de Slim Shady. Aucun jour ne passera sans que son esprit et son influence soient auprès de nous tous. Il va nous manquer en tant qu'ami, père et ambassadeur du Hip Hop de Detroit. A présent, un tas de gens se concentrent sur la façon dont il est mort. Moi je veux me souvenir de la façon dont il a vécu. Proof était quelqu'un d'amusant, intelligent et charmant. Il a inspiré tout son entourage. Il ne pourra jamais être remplacé. Il était, et sera toujours, mon meilleur ami. »

La mort du rappeur de D12 est une véritable tragédie, mais selon Darryl « DMC » Mc Daniels, la violence est malheureusement devenue chose courante dans le monde du Hip-Hop. DMC se sent d'autant touché par la tragédie de la mort de Proof qu'il a lui-même perdu son ami, le DJ de Run-DMC, Jam Master, assassiné en 2002. Selon lui, la musique est souvent utilisée à mauvais escient pour projeter des images dures, négatives ou ostentatoires, mais ne résout aucun problème. Le rap entre dans un engrenage lorsque les rappeurs veulent jouer les gangsters, même pour l'image, puisque leurs fans les imitent et cela n'en finit plus. « Quand il ne s'agit pas de se donner une image de dur, on sort les bling bling, ce qui n'est pas franchement mieux et qui ne résous aucun problème non plus. »

« Nous savons tous ce qu'ils font, ce qu'ils portent, ce qu'ils conduisent, qui a fait quoi la nuit dernière ou qui sort avec qui, » ajoute-t-il. « Un tas de rappeurs disent 'Yo, on a plein d'argent à présent, tout le monde mange à sa faim, tout est cool, tu vois ce que je veux dire ?' Ben, en réalité, tout n'est pas cool et je ne vois pas de quoi tu parles. Plein de rappeurs ne disent plus rien dans leurs chansons. Si dans tes morceaux, tu veux parler de gun, alors conseille de ne pas en utiliser. On parle du gamin qui vend de la drogue au coin de la rue, mais pourquoi ne pas parler de celui qui fait des burgers au McDo, pour ne pas tomber dans le deal ? On se moque de lui mais ce qu'il fait est peut-être plus 'gangsta' que d'être dans la rue à faire des trafics. »

De son avis personnel, tout irait beaucoup mieux si au lieu de recourir à la musique pour frimer et provoquer, on utilisait le Hip Hop pour d'avantage communiquer. Son conseil : « Vous ne devez pas vous contenter de dire une seule chose dans votre musique. Vous devez évoquer plus qu'une image ou un concept », c'est ce qui pour lui traduit l'universalité du Hip-Hop. Il a ajouté que ce n'est pas une nostalgie du passé mais plutôt une leçon pour les générations futures afin qu'elles comprennent que tout ne s'arrête pas à ce qu'on voit et entend actuellement.

# Posté le samedi 15 avril 2006 05:46

Chronique - Bigg Jus ; Poor People's Day

Chronique - Bigg Jus ; Poor People's Day
01. Everything Must Coincide
02. Supa Nigga
03. Energy Harvester (Swallow The Sun)
04. This is Poor People's Day (feat. Patricia Reed)
05. Orbital Mechanics (feat. Marq Spekt)
06. Halogen Laterns
07. Illustrations Of Hieronymus Bosch... That 1467 Shit
08. Night Before
09. Eerie Silence
10. When They Start... 1997 Uptop Shit
11. Memories Of You
12. Anything You See Fit (Change By Design)
13. Been Here Forever

Il fallait bien que ça arrive. Il fallait bien que Bigg Jus commette un faux-pas qui gâche une discographie jusqu'ici exemplaire. Imperial Letters Of Protection, le deuxième tome des aventures du duo NMS est un disque raté. C'est sans doute en grande partie à cause du comparse Orko (qui, semble t'il, a produit une grosse partie de l'album), mais peu importe après tout, Bigg Jus ne sera plus jamais Bigg Jus.

Quelques jours après avoir tristement constaté l'écueil, nous nous retrouvions avec un nouveau disque de Lune Tns entre les mains. Un album mis en son par un beatmaker inconnu de nos services, basé à Atlanta (qui est aussi le nouveau lieu de résidence de l'ancien Co-Flow) et répondant au pseudonyme de DJ Gman. Autant dire que l'on ne savait pas à quoi s'attendre. Qu'on était pour le moins dubitatif à l'idée de cette collaboration inédite tant l'univers de Bigg Jus nous semblait incroyablement personnel. En tout cas, on ne s'attendait pas à ça. La grande force du travail de Gman sur ce projet édité par Mush Records réside principalement dans le fait que le monsieur ne s'est pas risqué à faire du Bigg Jus. Il n'y a donc aucun équivalent à 'Plantation Rhymes', 'Tongue Sandwich' ou 'Gafling Whips' sur ce Poor People's Day. Qu'à cela ne tienne, l'intérêt du rap de Bigg Jus se résume à une équation simple : engagement politique passionné + émotion à fleur de peau.

Jusqu'ici, ces deux constantes étaient portées par des compositions multicouches toutes en rupture. Sur Poor People's Day, les pamphlets de Justoleum sont enveloppés dans des écrins empreints de lyrisme ('Supa Nigga') et de gravité ('Halogen Lanterns'), où la boucle tient une place essentielle, où une ligne de piano bucolique se suffit à elle-même ('Night Before'). La musique est plus policée (sauf peut-être sur le court, intense et discordant 'Memories Of You'), les multiples mouvements mis en son sur Black Mamba Serums ont fait place à de jolies compositions qui permettent aux mots de résonner encore plus fort, aux réquisitoires de mieux se faire entendre. Certains morceaux soufrent néanmoins d'un travail de composition un peu trop connoté et suranné, mais nous permettent de retrouver le Bigg Jus de Funcrusher Plus - plus dans la hell-spit diction que dans le registre mélancolique ('Illustrations Of Hieronymus Bosch...'). 'Anything You See Fit', dont l'armature repose sur des ch½urs cléricaux aussi sinistres que sublimes, s'impose comme le meilleur moment du disque. D'une manière générale, et même si quelques abstractions subsistent, le discours est lui plus clair, plus intelligible, plus brut.

"We say the things no one else will say. We take responsibility to change the course no matter the consequences. 'Cuz once the word is out the population will know your distorted views. Money and power won't insulate you in your gated communities. We holding people in positions of power accountable for their actions. 'Cuz when you speak to these savages, you gotta speak to them in their own language. This is poor people's day."

Le kingspitter n'a rien perdu de sa verve et de sa propension à honorer le beat sans jamais y coller. Le ton avec lequel il débite ses interminables strophes, tantôt chuchotées tantôt crachées à l'oreille, sonne toujours aussi vrai. La spontanéité y est palpable, les larmes ne sont jamais vraiment loins. Et l'on a déjà oublié Imperial Letters Of Protection. Bigg Jus sera toujours Bigg Jus. "So nowadays these rappers spit vagina monologues, cuz' most of them are way too pussy to say shit".

# Posté le samedi 15 avril 2006 05:38

Chronique - Jamie Foxxx : Unpredictable

Chronique - Jamie Foxxx : Unpredictable
En étant chanteur, imitateur et acteur, Jamie Foxx a pu décrocher l'Oscar du Meilleur Acteur (le 2e afro-américain après Denzel Washinghton) pour son interprétation presque authentique de Ray Charles dans 'Ray'. Ce qui ne l'a pas empêché de se faire non plus un nom dans le rap et r&b en se présentant aux côtés de Kanye West (sur "Slow Jamz" et "Gold Digger"), 50 Cent ("Build You Up"), Twista, etc... 2005 fut son année, et celle de son deuxième album solo, qu'il co-produit, intitulé 'Unpredictable' (pour “imprévisible”).

C'est clair qu'on n'attendait pas Jamie Foxx comme l'une des vedettes montantes du r&b actuel. Il a su se faire respecter au fur et à mesure de ses prestations vocales en ne s'imposant pas du tout comme un acteur cross-over mais une véritable valeur sûre du genre. La réalisation de cet album a été pris très au sérieux pour confirmer ce fait. Ses deux premiers singles, la classe "Extravaganza" feat Kanye West et le suggestif "Unpredictable" avec un Ludacris coquin comme à son habitude, ont déjà projetté notre chanteur vers un disque de platine certain, et les autres extraits de cet album viendront enfoncer le clou.

Pas mal d'autres chansons incitent à l'acte sexuel et témoignent de la libido de Jamie, comme le sulfureux "Warm Bed" (prod. Mr Collipark), un "Three Letter Words" très explicite et "Storm (Forecass)" plutôt moite. Côté belles ballades, Timbaland a concocté un instrumental des plus mélodique agrementé de violon et de harpe sur "Can I Take You Home", on ajoute de même "Heaven" à la liste ainsi que le duo "Love Changes" avec Mary J Blige qui a la positive attitude. Petit coup de coeur aussi pour le très doux "VIP". Il faut reconnaitre que Jamie Foxx à la carrure parfaite pour ce genre de morceaux et chante bien mieux que la moyenne.

D'autres titres sont susceptibles de figurer parmi les prochains tubes. On pense au slow-jam "DJ Play A Love Song" avec Twista qui ne manque pas le rendez-vous et le banger "With You" avec le passage notable de Snoop Dogg et remarqué de The Game. Mention bien pour l'interlude de luxe "U Still Got It" avec Common. Cela dit, il ne faut pas se leurrer, c'est évident que les sujets abordés et le type de chanson étaient prévisibles dès le départ. 'Unpredictable' est un album de r&b comme les autres et ne va pas faire évoluer le genre, même s'il se démarque sur quelques points niveau qualité et par son aspect travaillé. Par contre, on ne savait pas que Jamie Foxx était si peu romantique et ne pensait qu'à ça. Tout cela pour dire que paradoxalement, on s'attendait à un grand disque de r&b, ce n'était pas prévu qu'il soit si commun.

Disponible en import.

# Posté le dimanche 05 mars 2006 16:32

Chronique - Sadat X : Experience & Education

Chronique - Sadat X : Experience & Education
« God Is Back »! Enfin c'est Sadat X qui fait son grand retour sur le label Female Fun avec son troisième solo intitulé 'Experience & Education'. Membre du fameux groupe Brand Nubian, Derek Murphy de son vrai nom avait sorti en 96 sa première gachette 'Wild Cowboys' sur Loud Records sous l'aile des plus grands producteurs comme Beatminerz, Diamond D ou encore Pete Rock. Un artiste peu connu ou tout simplement renié qui a travaillé avec les plus grands comme KRS-One, Nas, Jay-Z, Notorious BIG, Q-Tip, Redman, Common, Beanie Sigel...et qui a toujours suivi ses idées (celles des 5 Percent), ses opinions et qui les fait partager dans ses lyrics engagés et parfois controversés.

Parmis les producteurs, il a fait appel aux personnes qui lui sont proche comme Diamond D, DJ Spinna, Ge-Ology (lycéen il avait monté avec trois camarades un groupe du nom de 'Born Busy' parmi lesquels se trouvait Tupac Shakur) ou encore Agallah, qui lui ont livré des productions variées, qui nous font voyager ("Shine"), rapellant parfois les instrus old school. Malheureusement, certaines manquent néanmoins d'énergie ce qui rabaisse un peu le bon début de l'album, reste qu'elles collent bien avec sa voix nasillarde. Des mélodies parfois angoissantes qui nous plonge dans l'univers spirituel de Derek X comme "Come On Down" en featuring avec les Money Boss Players (Lord Tariq, Eddie Cheeba et le producteur Minnesota). Mais il ne se contente pas d'exprimer seulement son engagement derrière le micro avec de belles paroles, il va également sur le terrain puisqu'il est notament professeur dans une école élémentaire de New-York et entraine également une équipe de Basketball d'Harlem (sport qu'il avait arrêté étant jeune pour poursuivre une carrière musicale). Ce n'est donc pas pour rien qu'il a choisit d'appeller son album Expérience et Education.

Même si les invités sont de renom tel Edo G, Agallah, ou encore les Heltah Skeltah, ce n'est pas pour autant que l'album est éblouissant: on ne retire en rien la qualité des lyrics et de ses thèmes qui relatent le plus souvent sa vision du monde, du moins de la société dans lequel il vit mais tout ceci aurait pu être mieux si les productions étaient plus enthousiastes et collaient plus souvent avec le phrasés de Sadat X comme lors de son premier opus. Cependant cela reste agréable à écouter.

# Posté le mardi 28 février 2006 13:22

Chronique - Omega One : The Lo-Fi Chronicles

Chronique - Omega One : The Lo-Fi Chronicles
Dans le monde de l'abstract hip hop, il y a LA référence : DJ Shadow (voir dans la rubrique Rétros). Ensuite il y a d'autres noms méconnus, comme c'est le cas du producteur Omega One. Très peu d'informations concernant cette personne, si ce n'est qu'il a collaboré avec Blockhead (le nouveau nom du trip hop/ abstract), Cannibal Ox, The Pharcyde et Aesop Rock.

'The Lo-Fi Chronicles' n'est pas son premier coup d'essai. Ce disque comporte dix plages d'instrumentaux divers et variés (plus une intro et deux interludes) et seulement deux chansons à featurings: Self Devine (sur "I Want It All" et son vieux kit de batterie) et LoDeck (sur "Coup d'Etat"). Parmi les petites joyeuseries, on pourra citer "Body Double", le très beau "Mom's Revolver", "Joint Operation" et le galactique "20 Million Miles" agrementé de guitare sèche. Justement ce qui fait l'interêt de cet album, c'est l'évasion et le mélange des sonorités. "The Hashishin" par exemple débute sur un air oriental avant de que des violons rendent l'ambiance un peu plus angoissante. Sur chaque piste se trouve une petite surprise mais pas étonnant quand il s'agit d'abstract: les changements se font de manière imprévisibles.

Dommage cependant que le disque manque de subtilité et d'extraordinaire, mais les écoutes répétées ne rendent pas pour autant 'The Lo-fi Chronicles' lassant. Attachant et agréable, ce sont les mots qui peut-être définissent au mieux cet opus. Et puis quand il s'agit de voyager un peu tout en restant chez soi...

# Posté le mardi 28 février 2006 13:19