Chronique - Shed Light : Perseverance

Chronique - Shed Light : Perseverance
Outre la possibilité de parler des artistes qu'on aime, chroniquer des disques, c'est aussi pour nous l'opportunité de découvrir des talents, dont on ne connaissait rien, ou pas grand chose. C'est la cas pour Shed Light, rappeur tout droit venu de la Nouvelle Angleterre (Chelsea, pour être précis), et son album Perseverance (dont le titre n'est pas sans rapport avec le parcours de son auteur, qui, a la trentaine sonnée sort son permier opus).

Passée l'intro, qui donne franchement envie de se laisser aller à l'écoute de l'opus, on découvre avec plaisir le très conquérant "Failure is not an option", qui ouvre avec panache l'ensemble. Un beat de qualité et un premier contact agréable avec un emcee au flow engageant. L'impression demeure excellente avec "Everyone and their mother wants to be an MC", puis "How do you like them apples ?". Des instrus riches et travaillés, des lyrics peufinés bien servis par un flow plutôt classique mais efficace. Les bonnes surprises s'enchaînent dans des ambiances homogènes et réussies, alliant les sonorités et les influences pop / rock et Hip Hop avec aisance.

"My #1 Girl" conserve la cadence, et le texte se fait franchement introspectif sur "A song for dad" ou "My younger days". C'est d'ailleurs l'une des forces de cet album, que de nous inviter dans l'esprit de Shed Light, comme le suggère le visuel du packaging, qui évoque la photo usée d'un paysage de solitude, mais aussi d'aventure et de quête (tortueuse). Au niveau des invités, triés sur le volet, signalons la présence remarquée de Alias sur "Bash Brothers", et la préstation d'Access Immortal, qui confirme son potentiel après Shades Of Reality et la tape New York Yankee, sur le très bon titre de clôture, "Nice Knowin'".

Fort de le fine plume de Shed Light, et des productions bien menées par DJ Liphted, Tuntable Terrorists ou encore D-Tension, ce Perseverance s'inscrit dans la liste bien gardée des opus à écouter sans tarder. Mieux, il offre un aperçu de ce que devient le Hip Hop lorsqu'il se refuse à respecter les tendances et s'échappe allègrement du cadre qu'on lui impose trop souvent.

# Posté le samedi 15 avril 2006 05:59

Chronique - Jel : Soft Money

Chronique - Jel : Soft Money
01. To Buy A Car
02. All Day Breakfast (feat. The Wolf Brothers)
03. No Solution (feat. Fog)
04. All Around (feat. Stefanie Böhm & Hervey Salters)
05. Thrashin
06. Sweet Cream In It [Live In Nosdam's Bedroom]
07. Soft Money, Dry Bones (feat. Stefanie Böhm)
08. Know You Don't (feat. Hervey Salters)
09. WMD (feat. Wise Intelligent)
10. Mislead [Interlude]
11. Nice Last
12. Chipmunk Technique

Jel est le meilleur producteur d'Anticon. C'est sûr... Peut-être même plus. C'est sûr aussi, à bien y réfléchir. Pourtant, en restant cantonné pendant longtemps à sa famille proche, le partenaire indissociable des aventures les plus excitantes de Dose One a considérablement limité son rayonnement. Du coup, malgré une discographie marquée par deux incontournables (them et the taste of rain... why kneel) et plusieurs compositions traumatisantes, la renommée de Jeffrey dépasse difficilement le cercle des inconditionnels du collectif mis sur pied par Sole et Pedestrian en 1998. Surtout que les vocalises arty de Dose ont souvent focalisé l'attention (et les tensions) au risque de faire passer au second plan le travail de Jel. Heureusement, les choses sont en train de bouger. Déjà parce que Jel commence à sortir la tête de sa fourmilière pour collaborer ponctuellement avec des artistes aussi multiples que Prince Poetry ou le gros 2Mex. Et puis aussi parce que l'aventure 13 & God (concoctée avec le noyau dur de Notwist) aura permis à Jel de conquérir un nouveau public...

Du coup, voilà qu'après toute une série de projets solo inégaux et plus ou moins confidentiels (Greenball, 10 Seconds ou The Meat & Oil EP), Jel a soudain le droit à un album à lui en bonne et due forme avec ce qu'il faut de promo et de buzz. Il faut dire que dans la continuité de sa démarche d'ouverture, Jeffrey a eu l'idée d'inviter à sa table non seulement ses amis anticoniens mais aussi Hervey Salters (le clavier de General Electrics), Stefanie Böhm (la voix du combo allemand Ms. John Soda) ou Wise Intelligent, icône indétrônable du rap pro-black de la première moitié des nineties au sein des Poor Righteous Teachers! De quoi mettre à mal les étiquettes collées sur le dos d'Anticon depuis des années (parfois à raison, il faut l'avouer). De quoi aussi attirer les curieux qui n'avaient pas forcément trouvé leur compte dans l'austérité un peu plan-plan des instrumentaux d'un The Meat & Oil EP (au hasard).

Voilà donc ce Soft Money. En alternant assez équitablement plages instrumentales et morceaux où les voix ont droit de cité, Jel a somme toute opté pour un format classique. Pour autant, ce classicisme de façade ne l'empêche pas d'avoir le bon goût de redistribuer les cartes à chaque titre. Ici, un 'Thrashin' tout en distorsions et volontairement impitoyable pour les oreilles sensibles. Là, un 'No Solution' aérien, tout en retenue. Ailleurs, les mille et une nuits électroniques d'un 'All Day Breakfast' qui fait coexister instants de rêve et violence des percussions en jonglant habilement entre violons orientaux et rafales de hats nerveuses. Là-bas encore, des nappes robotiques enveloppant la douce voix de Stefanie Böhm pour un rendu étonnant où l'on peine à distinguer la frontière entre l'humain et la mécanique des machines. Dans le coin à droite, quelques scratches de gospel bien sentis. Au milieu de cet assemblage hétéroclite qui ne connaît pas de frontière, certaines balises permettent pourtant de ne pas perdre le fil. Il y a d'abord ce voile de mystère, de secret qui drape l'air de rien les 40 minutes du parcours et qui explique la diffusion lente mais sûre du poison Soft Money dans les veines. Il y a également cet amour inextinguible pour les rythmiques de tout bord que Jel construit en direct sur les pads d'une MPC toujours aussi fringante. Les programmations alambiquées donnent l'impression d'évoluer constamment sur un terrain fait de sables mouvants, que Jeffrey prend un malin plaisir à parsemer d'incidents rythmiques.

Et comme Jel n'aime pas brasser du vent, il a décidé d'accompagner ces arythmies par quelques saillies vocales pour le moins revendicatives, prenant pour cibles désignées le consumérisme effréné de notre époque où les guerres préventives menées par son pays. "It ain't living until you know what it is that you'll die for". Si ses propres contributions vocales nous laissent plutôt dubitatives (un rap fonctionnel, sans saveur particulière) et ne resteront pas dans nos annales personnelles, il en est tout autrement lorsque Wise Intelligent prend le micro. C'est la surprise du chef! Avec son beat explosif, son clavier hypnotisant et son refrain bruitiste, 'WMD' ressuscite le leader de PRT. Aussi offensif qu'à l'époque où Bush père était aux commandes, l'ancien protégé de Tony D "which saw the towers fall before the planes went in'em" s'en prend désormais à Junior et à son Patriot Act, preuves à l'appui. Le résultat (chaotique et minimaliste) est essentiel...et change agréablement des enfantillages élitistes qu'un Dose avait réservé à des beats du même tonneau ces dernières années.

Pourtant, quelque chose nous empêche de nous enthousiasmer sans retenue pour ce Soft Money. Quelque chose comme l'intime conviction que Jel en garde encore sous le coude ; comme le sentiment que d'autres formules lui auraient permis de laisser son empreinte plus durablement dans nos oreilles ; comme l'impression persistante itou d'un léger manque de folie et de spontanéité. Comme si à trop calculer certains effets, Jel avait un peu perdu de vue la brutalité naturelle qui rendait si essentielle les "it's them" d'autrefois... Enfin, voilà un peu de grain à moudre pour ceux qui voudront (comme nous) faire la fine bouche... Dans l'absolu, il n'en reste pas moins que Soft Money est un opus soigné, souvent emballant et indubitablement le projet solo le plus abouti du beatmaker de themselves jusqu'ici. C'est déjà bien, non?

# Posté le samedi 15 avril 2006 05:57

Chronique - Count Bass D : Dwight Spitz

Chronique - Count Bass D : Dwight Spitz
01. Jussa Playa
02. Aural S(ECT)s
03. Gon' Get Yours
04. Antemeridian
05. Postmeridian
06. How We Met (feat. Edan)
07. Just Say No
08. Sanctuary
09. Subwoofer (Dumile)
10. Truth To Light
11. Real Music vs. Bu11$#!+
12. August 25, 2001
13. Hello Test Test (feat Cana & Hezekiah)
14. Blackman Dreams (featuring Lil D)
15. Reign Or Shine (feat Rayna Shine)
16. Quite Buttery (feat MF Doom)
17. Blues For Percy Carey
18. Seven Years (feat Dionne Farris)
19. Ohio Playas (Produced By J Rawls)
20. Dwight Spitz
21. No Time For Fakin' (Part 2)
22. My First Piece (feat Oriana lee & Hezekiah)
23. Take Control
24. Coming Soon


Malgré sa longue présence sur la scène rap et déjà deux albums à son actif, Count Bass D n'a jamais joui d'une très grande notoriété. La faute à des labels peu motivés pour pousser ses oeuvres au niveau commercial. Encouragé par ses amis MF Grimm et MF Doom, après une longue pause, ce producteur-musicien-emcee a décidé de remédier à cet anonymat avec un Dwight Spitz de haute tenue.

Emcee respectable au mic, Count est néanmoins avant tout un producteur de grande classe dont les collages sonores sont diablement fresh et mettent de bonne humeur. Privilégiant des formats courts, il alterne avec style instrumentaux et morceaux rappés piochant des samples de tout côté avec un succès constant sur les 48 minutes de cet album et une prédilection pour les atmosphères jazzy. On sent qu'il ne s'est pas fixé de limites et a enregistré tout ce qui lui passait par la tête.

Comme si Dwight Spitz était une collection de titres à usage privé qui soit par bonheur arrivée entre nos mains. Chaque titre captera votre attention, que ce soit par un son, une rime ou un sample. Les collaborations fleurent bon l'amitié et Edan, MF Doom, J-Rawls ou Dionne Farris ont en conséquence fait de leur mieux pour mettre en valeur le talent de Count Bass D. De son flow naturel et chaud, Count nous livre sa vision du rap, du mariage ou jongle juste avec les mots ('Aural S[ect]s')... Bref, il fait ce qui lui plaît! Et ses amis en font autant. Et on prend nous aussi du plaisir à écouter cette petite communauté se laisser aller.

Vous l'aurez compris ce nouvel Lp est un vrai coup de coeur... De la pochette au contenu, Dwight Spitz est un opus authentique,original et plein de bonnes vibes. Il y a peu de choses à dire de plus. C'est de la bonne musique, un point c'est tout. Votre seul regret sera que certains morceaux vraiment mortels ne dépassent pas la barre des 2 minutes.

# Posté le samedi 15 avril 2006 05:55

Chronique - Count Bass D : Begborrowsteel

Chronique - Count Bass D : Begborrowsteel
01. Bullets Hit Brains
02. Doxology
03. The Mingus Sextet
04. Nina & Weldon
05. Gimmie A Gig
06. Drug Abusage
07. Kumbuka Watu Penda Pesa (Part 1)
08. Kumbuka Watu Penda Pesa (Part 2)
09. Des Fausses Impressions
10. Dollar Bill
11. Down Easy
12. New Edition Karaoke
13. Low Batteries
14. No. 3 Pencil
15. Body By Jake
16. Canerow Waltz

Pourquoi reparler de Count Bass D et de ce disque sorti l'an dernier? Sûrement parce que seul l'indispensable Dwight Spitz avait jusqu'à présent été chroniqué par nos soins. Alors que Dwight Farell, le rappeur producteur basé à Nashville et ami de MF Doom possède aujourd'hui une discographie conséquente et variée : 4 albums, 2 excellentes mixtapes (la dernière intitulée Some Music Part 2 est sortie en 2006), 2 maxis, quelques collaborations remarquées. Avec Begborrowsteel, on s'intéresse ici au successeur désigné de Dwight Spitz... Alléchant.

Dès l'excellente intro 'Bullets Hit Brains' on est rassuré. On retrouve ici les ingrédients qui avaient fait de Dwight Spitz l'un des tous meilleurs albums de 2002. Ça part très fort avec une ligne d'orgue exécutée par Count himself. L'homme délivre ensuite son phrasé posé et inimitable ('Doxology'). Plutôt réputé pour ses qualités de producteur, il démontre ici son talent au micro, surclassant par moment nombres de MC.

Comme sur quasiment tous les derniers projets de Dwight, les musiques présentes sur Begborrowsteel brillent par leur qualité. En faisant toujours preuve d'éclectisme, Count prouve qu'il excelle dans l'art de trouver l'enchaînement idéal entre ses morceaux. Avec une prédominance pour les ambiances funky, il n'hésite pas à injecter des bribes de jazz, de rock, de soul, des extraits de films ou tout autre matériel audio dans sa musique. 'Nina & Weldon' démarre ainsi avec une interview radiophonique rare de Nina Simone.

Outre ses qualités de beatmaker, Count Bass D est également réputé pour son sens de l'humour décapant. Ca tombe bien, Begborrowsteel regorge de moments carrément drôles. Pour nous faire rire, Count joue à merveille de sa maîtrise du collage : 'The Mingus Sextet' et sa mélodie funky et sautillante entrecoupée par le son des orgasmes de l'une de ses conquêtes ; 'De Fausses Impressions', avec son dialogue introductif sur les filles blanches qui tombent amoureuses des artistes noirs, 'Low Batteries', où Count dépitche progressivement sa voix (un effet qui a pour but d' ironiser sur l'âge "avancé" du rappeur)...

Mais Count se montre aussi plus sérieux. Sur 'Drug Abusage', il attire les consciences des kids sur les dangers de la drogue. Ce message positif est martelé sur l'énorme 'Kumbuka Watu Penda Pesa (Part 2)', sans contexte le tube du disque. Sur un sublime sample de harpe vraiment planante, Count à la limite du slam et du rap, montre comme jamais son talent au micro. L'alternance de parties rappées et scratchées ("Remember that the niggaz like dope") crée une ambiance méditative qui sert intelligemment le propos.

Autre gros morceau de l'album : 'Dollar Bill' où Count utilise un sample de Toots & The Maytals (extrait de 'Sweet And Dandy') et se le réapproprie littéralement. On notera au passage l'excellent rendu des scratches. 'Body By Jake' vaut lui aussi le détour. Un poil dépitché (y compris la voix) c'est le morceau le plus "lourd" du disque avec sa guitare électrique, son beat west coast et sa flûte frétillante.

La seconde partie de l'album est beaucoup plus extravagante. Sur 'Down Easy' le single de Begborrowsteel, Count chante faux, mais ça fonctionne, dans un esprit proche de l'esprit de l'album Art For Sale. 'Down Easy' est une déclaration d'amour décalée qui sonne très r'n'b et qu'il faut écouter sur la plage pendant les vacances d'été. 'New Edition Karaoke' est encore plus excentrique, voyant Count se lancer dans des vocalises hallucinées pour un résultat déconcertant. Le sample incroyablement kitch qu'il utilise montre que Count ne se fixe aucune limite sur le plan de la composition. Un bon point. Sur 'N° 3 Pencil', il lorgne même sans complexe vers les territoires de son ami MF Doom avec ses trompettes synthétiques et son riff de basse slappée. Le déjanté 'Canerow Waltz' est une véritable démonstration de scratchs et témoigne de l'excellent niveau du Monsieur derrière les platines.

Au bout du compte, le seul réel problème de cet album, c'est surtout qu'il est court, très court. Seuls cinq morceaux dépassent les deux minutes. Sur le plan vocal, Count assure mais on aimerait le voir rapper davantage. Du coup, Begborrowsteel n'atteint pas les sommets de Dwight Spitz. Il manque ici un morceau aussi fort qu''Antéméridien' ou 'Sanctuary'. Par son caractère plus expérimental et pour ses quelques perles disséminées ça et là, par la bonne humeur qu'il inspire aussi, ce nouvel opus confirme cependant tout le bien qu'on pense du producteur MC de Nashville.

# Posté le samedi 15 avril 2006 05:52

Chronique - Kero One : Windmills Of The Soul

Chronique - Kero One : Windmills Of The Soul
La salle est comble. La visibilité est altérée par les volubes des cigares, mais, en s'approchant un peu, on commence à distinguer les visages.

Louis Armstrong est là, attablé près de la scène, le sourire aux lèvres. John Coltrane lui narre sa glorieuse escapade à Philly. Miles Davis et Marcus Miller cherchent ensembles les raisons de la relative imperfection de Tutu. Ela Fitzgerald chantonne "Fever" à Charlie Parker, qui en a presque les larmes aux yeux. Les doigts d'Herbie Hancock parcourent frénétiquement le bar. L'attente est longue. Des heures. Des jours. Des années.

Des années que cette constellation d'étoiles cuivrées, de légendes jazzy, attend patiemment de voir ce que la nouvelle génération peut vraiment faire de bon avec la musique qu'elle affectionne. Tous sont là ce soir, venus de très loin, voire de très haut, et n'attendent plus que la confirmation, le lever de rideau.

Le moment arrive enfin. Les lumières se tamisent, un silence de cathédrale plane au-dessus de la scéne. Un jeune homme d'origine asiatique entre en scène. Kero One semble intimidé face à une telle audience. Le suit un quintet, puis, juste derrière, un DJ. Charlie Mingus crie au scandale, vite rassuré par Roy Hargrove, qui l'assure de la normalité de la situation. Le concert peut alors commencer. A peine l'intro entamée, Kenny Burrell est le premier à applaudir, savourant l'harmonieuse boucle de guitare, qu'il n'aurait pas reniée. C'est ensuite Courtney Pine qui se voit bluffé par le groove de Give Thanks, la maitrise du saxophoniste alto, ainsi que la qualité des scratches, dont il a toujours été friand.

Puis les morceaux s'enchainent, les applaudissements se faisant de plus en plus fournis à chaque interlude. Interpelée par la fluidité du flow de Kero sur My Story, Nina Simone demande à Erick Truffaz s'il s'agit de scat. Ce dernier lui répond que c'est du rap, mais qu'au fond, ca n'est pas si éloigné. Jaco Pastorious et André Cecarelli acclament à l'unisson la superbe section rythmique de Tempted, groovy à souhait, puis c'est au tour Michel Petrucciani de s'extasier face à la fluidité dont fait preuve le pianiste sur In all the Wrong Places.

Magik Malik apprécie à sa juste valeur la flute traversière qui parcourt The Cycle Repeats, et s'imagine déjà un featuring avec Kero sur un de ses projets à venir. C'est alors que Stanley Clarke se lève pour saluer l'ecellence de la ligne de basse entendue en intro de la pépite Fly away, bientot rejoint dans son initiative par le reste de la salle, dont un Nat King Cole et un Ray Charles plus que séduits par le doux refrain chanté. Le public de connaiseurs est conquis. C'est le moment que choisit Kero One pour asséner le coup de grâce avec l'excellent et très rythmé Check the Blueprints. Joséphine Baker ne peut alors s'empécher de danser, Tito Puente de marquer le rythme, et Wynton Marsalis de rejoindre l'artiste sur scéne, pour un boeuf mémorable.

Après une heure de représentation, le rideau se clôt, au grand désespoir des convives d'un soir. Tous en ont désormais la certitude : des artiste comme Kero One permettent et permettront au jazz de prospérer, d'évoluer, de s'inspirer d'autres sonorités pour ne jamais cesser d'exister. Et, d'un seul élan, tous se dirigent vers les coulisses, afin de féliciter l'artiste, avec la conviction de pouvoir repartir en paix.

# Posté le samedi 15 avril 2006 05:49