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Chronique - Mr Lif : Mo Mega

Chronique - Mr Lif : Mo Mega
Connu pour ses prises de positions tranchées et ses brûlots à l'encontre des gouvernements américains successifs, Mr. Lif fait office de beaucoup de choses au sein du monde du Hip Hop, mais surtout pas de débutant, ni de figurant. Avec le terrible Enter The Colossus et l'excellent I, Phantom sur sa carte de visite, le emcee de Boston peut toujours compter sur la collaboration de ses pairs de chez Def Jux pour apporter quelques touches de génie (dont il n'est lui-même pas avare)à ses créations. On retrouve donc sur Mo'Mega le maître artificier de la maison Definitive aux manettes, en la personne de l'aussi rare que précieux El-P, mais aussi Edan (dont les Primitive Plus et Beauty and the Beats méritent l'étiquette de « chefs d'œuvre »), ou encore Aesop Rock au micro. Une sortie Def Jux est un événement pour tout amateur de Hip Hop qui se respecte, et qui aime les beats travaillés, torturés même, les samples déchiquetés pour mieux être réutilisés ensuite, les productions déstructurées (les marques de fabrique du sieur El-P, en somme) ; mais aussi les emcees au talent brut, aux rimes tantôt taillées dans le bitume, tantôt introspectives et engagées, et aux flows de qualité supérieure. Pas étonnant de ce point de vue que cette nouvelle livraison de Mr. Lif constitue l'une des attractions de la période pré-estivale. Moins « marketé » que les derniers efforts de Busta Rhymes et Ice Cube (la démarche n'est néanmoins en aucun cas comparable), Lif bénéficie tout de même d'un buzz intéressant qui fait de lui l'un des artistes incontournables pour ceux qu'on a un moment appelé les « backpackers »...

Rentrons dans le vif du sujet avec « Collapse » et ses riffs de guitare électrique, sorte d'ouverture en grande pompe comme les aime le maestro maison. Pas aussi fameux que l'impressionnant « Iron Galaxy » qui ouvrait le classique de Cannibal Ox (The Cold Vein), l'ambiance reste néanmoins typique de l'écurie Jux : entre atmosphérique et rugueuse, nourries de sonorités inhabituelles et servie par une production impeccable. Lif se montre d'ailleurs plus qu'à son aise sur cette entrée en matière, prouvant qu'à 31 ans, son flow n'a pas encore à envier aux nouvelles sensations du genre. Doté de productions déroutantes, Mo'Mega surprend même, par moment. La clique Def Jux n'avait en effet pas forcément pour habitude, lors de ses sorties antérieurs, de piocher dans un registre parfois à la limite de l'électro. Usant plus que de coutume des samples digitaux, El-P pourra décevoir les plus difficiles d'entre nous, qui n'attendent de lui que des compositions foisonnantes comme autant de preuves que la musique n'est qu'organique. Notons néanmoins que cette tendance, bien que plus marquée sur ce coup, n'est pas nouvelle.

Toujours percutant au micro comme dans ses propos, Lif se permet quelques coups d'audace comme « Wahitup » sur un instru (riddim, devrait-on dire ?) qui aurait facilement trouvé sa place dans le brûlant Kingston des 90's. « Murs is my manager » témoigne de la folie créatrice d'Edan à la production sur un rythme endiablé qui ravit vraisemblablement Lif et son hôte Murs pour l'un des meilleurs titres de la courte tracklist (11 pistes). « Brothaz » est un titre dense et imposant, mais un peu desservi par un beat tapageur à l'excès. Ca bastonne, ça cogne, et on en laisse un peu de côté l'artiste. Bien senti, bien produit, cet album de l'irréprochable Mr. Lif s'avère une belle réussite tout en péchant dans la mainmise des différents beatmakers sur l'identité de l'opus. Le tout sonne Def Jux sans faute, comme souvent, mais ne donne qu'une image du talent de Lif à travers le prisme des compositions de El-P ou d'Edan. Un bel opus quand même.

# Posté le dimanche 06 août 2006 10:48

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