Chronique - Pete Philly & Perquisite : Mind State

Chronique - Pete Philly & Perquisite : Mind State
C'est un dimanche de fin d'après-midi, et les rayons du soleil couchant illuminent ma chambre d'un contraste chaleureux. Je me relaxe sur ma chaise de bureau en découvrant les hollandais Pete Philly & Perquisite, un producteur et un MC qui cuisinent du hip hop anglophone avec du jazz moderne, et dont les notes toutes fraiches s'échappent par ma fenêtre entrouverte pour aérer la pièce d'un oxygène tempéré et printanier. Quatorze états d'esprits narrés dans un contexte quotidien composent 'Mindstate' (Unexpected Records/ Epitaph), c'est le nom de l'album, qui me plaît déjà et va accompagner mon quotidien et mes humeurs pendant la semaine qui va suivre. Une semaine de haut et de bas comme tous les autres semaines qui ont précédé.

Le reveil sonne 6h30, avec ce bip stressant et répétitif. A peine le temps de m'habiller et déjeuner que je me retrouve dans le bus, affronter une foule morne et des averses sur le chemin du campus de l'université. Ecouteurs Köss sur les oreilles, loudness et basses réglées, impossible de ne pas calmer ma nervosité habituelle du lundi et cette maudite impression que tout va mal, le cumul de boulot devenu ingérable et les cours qui s'enchaînent dans des salles où la lumière artificielle rend dépressif. Tournant en rond, la routine et les nerfs à fleur de peau, cela me rend limite parano (« Paranoid »). L'après-midi prend une tournure interminable, les heures passent trop lentement et toujours les gouttes d'eau qui ruissellent sans cesse le long des fenêtres. Je déteste le lundi. Le soir rentré sous la pluie, fatigué, je monte à l'étage et dépose mes affaires sur mon lit, puis me replonge dans mon travail à faire mais impossible de se concentrer. Replié sur moi-même seul dans ma chambre, l'album passant en musique de fond sur la piste éponyme « Mindstate », confiné dans mes propres pensées et tentant de retrouver le moral, plongé dans une mélancolie et essayant de me raviser, pensant à la famille, aux amis qui comptent sur moi (« Grateful »). Au lieu de cela, je frise la crise d'angoisse et ne ferme pas l'oeil de la nuit (« Insomnia »), m'énervant en regardant les heures défiler...

...et me faisant reveiller par cette même sonnerie que je hais de plus en plus chaque jour. Les cernes jusqu'aux genoux, je me sens curieusement d'attaque (« Motivated ») pour entamer cette journée et régler mes petits tracas, gérer les obstacles. Confirmation dans mon horoscope de Sagittaire. La journée passe vite, et sur le chemin du retour, le soleil fait une éclaircie entre les nuages comme une lueur d'espoir (« Hope » feat Talib Kweli) sur un air de piano, dévoilant des arbres tuméfiés d'eau en train de verdir naturellement dans un décor urbain grisant. Le sourire me revient aux lèvres malgré la fraîcheur du vent, ravivé par une bonne humeur soudaine et, une fois rentré, expirant un bon coup par fatigue peut-être, et surtout soulagé par les bonnes nouvelles du jour (« Relieved »). Finalement, c'était si simple d'être enthousiaste, encore plus lorsque le texto d'une amie vient faire vibrer mon téléphone portable juste avant d'aller me coucher: elle est d'accord pour le rencard de mercredi soir. C'est agréable de pouvoir enfin dormir l'esprit tranquille en pensant à la fille convoitée.

Le mercredi matin, le réveil fut comme d'habitude difficile, avec cette fois une sainte fainéantise qui pousse ma conscience à me dire ne pas aller en cours sans me sentir responsable, cela s'appelle la flemmingite (« Lazy »). Debout vers 11h, je traine jusque la cuisine pour prendre mon petit-dejeuner, prend mon temps sous la douche en rêvassant et appréhendant mon rendez-vous galant en début de soirée. Pourtant il va bien falloir que j'occupe mon après-midi et garder patience. Appréhension, stress, peur de l'échec, beaucoup de questions passent par ma tête. Avance-rapide jusque 20h avec la demoiselle en question, qui déjà me rend complètement dingue rien qu'en la regardant et en l'écoutant parler. Suggestion de la soirée, petit resto sympa pour parler de tout et de rien, se connaître un peu plus tranquillement. Mais alors que je la raccompagne lors d'une petite promenade digestive dans les rues illuminées, j'ai la terrible envie de l'embrasser (« Eager »). Ce qui n'a pas manqué quelques instants juste avant qu'elle me quitte. Finalement on ne s'est pas quitté de la soirée, profitant de quelques instants de sérénité et d'affection pendant que toutes les questions s'effacent peu à peu (« Mellow »).

On ne peut que mieux décrire 'Mindstate' lorsqu'on ressitue les choses dans des situations de la vie de tous les jours. Les récits de Pete Philly sont aussi vrais que les productions de Perquisite sont impeccables. La moralité de l'histoire: il faut vivre pleinement ses sentiments, ses humeurs, ses passions et ses états d'âme.

# Posté le mercredi 19 avril 2006 06:13

Chronique - Oneself : Children Of Possibility

Chronique - Oneself : Children Of Possibility
01/ Fear The Labour
02/ Trying To Speak
03/ Be Your Own
04/ Temptation
05/ Over Expose
06/ Bluebird
07/ SD2
08/ Paranoid
09/ Hollow Human Beings
10/ Cupid Smiling The Smile
11/ Sunshine
12/ Unfamiliar Places

Un Dj Russe (DJ Vadim), un Mc américain (Blu Rum 13) et une Mc suédoise d'origine chilienne et brésilienne (Yarah Bravo) travaillent ensemble sur un projet hip hop. Celui-ci sort sur un des labels anglais les plus respectés de cette derniere décennie, Ninja Tune... Qu'est ce que cela peut donner ?

Bien loin des considérations du Hip Hop « anglais » actuel, One Self (nom du projet des 3 compères) se veut novateur. Après The Russian Percussion Tour (dernière tournée en compagnie de Yarah Bravo & Dj First Rate ainsi que de Blu Rum 13 en premiere partie), Dj Vadim commenca à discuter avec ses 2 acolytes d'une collaboration spéciale... Faire un nouveau projet où, contrairement aux albums passés, les vocalistes ne sont pas là, nombreux, en featuring, mais ne sont que deux et omniprésents.
Ainsi One Self voit le jour et nous propose aujourd'hui cet album, Children Of Possibility.

Résultat : Des productions insouciantes, anti-modes, minimalistes et pourtant très musicales, qui permettent à Yarah et Blu Rum de s'échanger des flows puissants, aux rythmiques acérées : un espèce de « battle » entre les 2 MCs, où chacun se respecte et veut pousser l'autre dans les derniers retranchements de sa manipulation linguistique... "Comme auteurs ou comme chanteurs, nous nous faisons confiance" dit Blu Rum au sujet de Yarah. "Je connais sa musique, je sais comment il écrit, et quels sont ses sujets de prédilection" répond Yarah à son compère rimeur.

On retrouve donc une Yarah survoltée dans Over Exposed, son morceau solo de l'album, mais aussi étonnante dans Bluebird où, accompagnée d'un Blu Rum au flow magique et impressionant, elle nous honore en poussant la chansonette lors du refrain... Soulignons également les morceaux Be your own ( premier maxi) ou Trying to Speak où l'on retrouve un vrai mélange culturel, avec des instruments tel que des sitars, de la flûte shakuhachi, des percussions africaines...
Par ailleurs, la pochette de l'album et des maxis sont magnifiques. Cet artwork est l'oeuvre de l'espagnol Inocuo Baruserona, rencontré à Barcelone lors de leur tournée en Espagne. (son site: http://www.inocuodesign.com).

# Posté le mardi 18 avril 2006 11:04

Chronique - Get Large : The Battlefield

Chronique - Get Large : The Battlefield
Get Large est un trio de producteurs niçois (deux beatmakers et un producteur exécutif) qui s'est exporté depuis quelques années aux Etats-Unis. Ils sont allés directement au contact des artistes et à force de rencontres, ils ont fait connaître leur son et se sont fait un nom dans l'underground new-yorkais. Tout cela s'est matérialisé par un album officiel sorti l'année dernière ('Please...believe it') et trois street-albums dont le troisième 'The battlefield...street album vol.3', qui fait l'objet de cette chronique, est sortit cet été.

Les productions de Dam's and Sla se caractérisent par une structure bien connue, c'est à dire kits de batterie, lignes de basse et samples plutôt classiques. Mais ils se démarquent par leurs programmations rythmique ponctuées de petites accélérations (superbement bien faites!) et les voix soul pitchées qu'ils utilisent. Des voix qui d'ailleurs sont parfois en français, le rendu est alors tout bonnement excellent, à l'exemple des morceaux « World is a ghetto » interprété par le très prometteur F.T (album à venir) et « Graph.com » de Graph. Leurs productions sont en général très bien produites, avec des superpositions de samples classiques mais ingénieuses; les Get Large remplissent parfaitement leur part de boulot. Qu'en est-il alors de la prestation des emcee's présents sur l'album?

On retrouve bien évidemment des habitués (présents sur le autres opus Get Large) comme Godfather part 3 (Infamous Mobb) sur « Soldier », à noter que Get Large sera à la production de son premier solo. Styles P offre un bon couplet sur « Freestyle ». Beaucoup de jeunes emcee's sont de la partie, Ali Vegas sur le posé « Time has come » (accélérations rythmiques et voix soul excellentes!), Sleep sur « Pop off » et Cory Gunz (à surveiller!) sur « I'm Cory ». D'autres artistes qui ont plus ou moins déjà fait leur preuve en solo ou en featuring viennent également poser leurs rimes, Streetlife et Inspectah Deck sur « Makin », Littles sur « Fly away » et Apocalypse (protégé de Masta Ace) sur « Built to survive ».
Toutes ses prestations sont à la hauteur des beats proposés par le trio français, pour le bonheur de nos petites oreilles.

Je tiens à saluer la prestation du défunt Ol' Dirty Bastard sur « Osirus tribute », qui nous démontre une fois de plus que ce talentueux emcee va beaucoup manquer au rap game et à ses fans... Par contre, il est dommage que les prestations de la première signature française de 'Get Large recordz', Twinky, qui pose avec Bathgate sur « Love or hate » et s'offre un solo sur « Chant du block », soient si décevantes (flow et textes de piètre qualité)...

On constate après plusieurs écoutes que Dam's and Sla ne cessent de progresser derrière les commandes, et qu'ils confirment après de nombreuses collaborations, notamment sur les derniers albums de Tragedy Khadafy et de Masta Ace, qu'ils deviennent une des valeurs sûres du hip hop underground new-yorkais en tant que beatmakers.

Si cette galette est qualifiée de 'street album', il n'en demeure pas moins qu'elle est bien remplie, à la fois quantitativement et qualitativement. Elle plaira à ceux qui ont apprécié jusque là le travail des niçois et tout simplement à ceux qui aiment le bon hip hop.

# Posté le dimanche 16 avril 2006 11:59

Chronique - Lone Catalysts : Good Music

Chronique - Lone Catalysts : Good Music
Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce groupe émergeant de l'underground new-yorkais au milieu des années 90, il est composé du producteur J. Rawls et du rappeur J. Sands. Après avoir sorti en 2000 un premier album très remarqué intitulé humblement 'Hip Hop', ils reviennent en 2005 avec un nouvel album au nom tout aussi évocateur de 'Good Music'.

Bien sûr il y a toujours la pression de faire aussi bien que le premier opus, mais apparemment ce n'est pas un souci pour les Lone Catalysts, qui restent dans la totale continuité de leur premier album avec des couleurs musicales variées; un mélange de sonorité jazzy, soul, hip hop, blue, de musique latine à l'image du percutant "En La Ciudad" ou encore reggae sur "L.I.F.E.".

Les invités présents sont eux aussi en majorité des talents indépendants comme El Da Sensei, Venus Malone, Grap Luva, Tavaris. Les plus connus restent cependant la présence de Mr. Complex sur "100 Bar Dash" et de Masta Ace sur l'inquiétant "Taboo".

Du début jusqu'à la fin, 'Good Music' s'écoute agréablement, les productions de Rawls (qui a déjà tout de même collaboré sur le 'Black Star' de Talib Kweli et Mos Def) collent à merveille au flow fluide de Sands, et l'on comprend mieux maintenant tout l'engouement qu'ont de nombreuses personnes en les considérant comme l'un des meilleurs groupes indépendants. En écoutant, on se dit que c'est vraiment dommage que de nombreuses personnes passent à côté d'un tel album qui respire leur passion pour le Hip Hop.

Vivement recommandé, plaisir garanti !

# Posté le dimanche 16 avril 2006 10:30

Chronique - El Da Sensei : The Unusual

Chronique - El Da Sensei : The Unusual
Sensei : (Jap) Titre de respect envers un professeur, un maître, un docteur, ou une personne dont l'expérience dans un certain domaine est officiellement reconnue.

Depuis 1997, suite à certains désaccords artistiques, The Artifacts ne sont plus. ainsi les deux membres de ce groupe mythique de New-Jersey que formaient Tame-One et El Da Sensei choisîrent l'option du chemin en solo. En 2002, El Da Sensei sort son premier opus solo, 'Relax, Relate, Release' (Seven Heads Entertainment), mais ce n'est qu'en cette année 2006 qu'il revient sur le devant de la scène avec son deuxième album intitulé 'The Unusual' avec pour label cette fois-ci Fat Beats Records.

Après une première écoute de l'album, on a l'impression que ce disque est sorti il y a déjà plus de dix ans point de vue son. Et pourtant, il s'agit bien d'une galette fraîchement composée de productions bien éloignées de ce qui se fait actuellement. Des sons qui sentent bon le hip hop underground signés par les mains des prometteurs Jake One, Illmind, Big Soxxx mais aussi J-Rawls, DJ Revolution, Saukrates ou encore K-Def. L'amour du Hip Hop se ressent toujours autant derrière le micro de celui qui dans les années 90 alliait parfaitement la plupart des éléments de ce mouvement à savoir le Djing, le MCing et le Graff. C'est en quelque sorte ici un retour aux sources que nous fait El Da Sensei, avant que le rap ne soit martelé à toutes les sauces et ne soit purement commercial.

Peu d'invités sur cet opus, on retrouve seulement deux autres rappeurs qu'il apprécie et qui ont la même vision des choses que lui. Il s'agit du natif de Brooklyn O.C sur le morceau 'Nuttin To Lose' et l'inégalable Sean Price, membre du Boot Camp Click (pour ceux qui ne le sauraient pas encore), et que l'on peut entendre ici sur la chanson 'No Matter'. Si certains textes rap actuel semble vraiment pauvre, il s'agit pour El Da Sensei une force de faire passer un message, de narrer ces histoires sans forcémment parler sexe, bling bling, ou alcool.

Cet album est la preuve même que si l'on fais un peu attention aux nombreuses sorties de ces dernières années, vous pouvez encore entendre du bon hip hop rapellant les début de cette culture, malgré que celui-ci ne soit plus vraiment mis en avant par les labels et les ondes radios. Ecoutez-le, vous ne saurez pas déçu.

# Posté le dimanche 16 avril 2006 10:21