Chronique - Tha Dogg Pound : Cali Iz Active

Chronique - Tha Dogg Pound : Cali Iz Active
Chronique d'un retour annoncé. L'année dernière, Snoop Dogg avait rassemblé les troupes californiennes lors de Westcoast Conference dans l'intention de consolider les liens entres les rappeurs, qu'ils soient Crips ou Bloods, et revigorer une côte ouest boudée par des majors préférant miser sur le Dirty South. L'un des points positif qui a suivi cette rencontre était la re-union officielle de Daz Dillinger et Kurupt sous la houpe de Snoop, un événement majeur qui a valu une couverture dans le numéro de The Source de Juin 2005. Les deux D.P.G. se sont réconciliés sur 'Dillinger & Young Gotti II' à la fin de l'année 2005 histoire d'enterrer la hache de guerre définitivement, Kurupt ayant été débauché de chez Death Row. Une nouvelle synonyme d'espoir qui a abouti à cet album des Tha Dogg Pound : et oui, ils ont peu récupérer leur appellation d'origine. Et comme leur classique 'Dogg Food' double platine aux States, 'Cali iz active' (DoggyStyle Records/ Koch Records/ Barclay) est supervisé par Snoop Dogg. La saga continue.

West west y'all! "Cali iz active" (prod. Battlecat) sonne l'heure du réveil dans cette fête organisée par le chenil de Long Beach où l'on aperçoit dans le clip Xzibit, DJ Quik, Ice Cube et plein d'autres figures de proue de la Westcoast. Daz et Kurupt retrouvent leur alchimie d'antan même si leurs flows n'ont pas spécialement évolué, et cela débouche sur du pur son Westcoast avec "It's All Hood", "Kushn N Push", "Slow Your Roll", "Keep It Gangsta", "Throw Up Da C", "Face 2 Face"... Des titres pas si originaux dans la mesure où le style n'a pas évolué d'un cil depuis dix ans mais qui restent d'actualité avec une teneur 100% californienne et quelques tueries à l'appui. Après tout, on n'attendait pas mieux du Dogg Pound de faire ce qu'ils ont à faire. Le producteur éxécutif Snoop Dogg ne participe pas à tout l'album mais pose des couplets ou des refrains qui ne passent pas inaperçus, notamment sur "It's All Hood", montrant sa facette gangsta et non celle du pimp flemmard décrié depuis quelques temps.

Daz absent à la production, ce sont Battlecat et Soopafly qui s'illustrent le mieux à sa place grâce à des instrus calibrés tantôt magistraux ("Slow Your Roll"), tantôt donnant l'envie de s'exercer au c-walkin ("Keep It Gangsta") et bien sûr laid-back. Parmi les autres producteurs en vogue que l'on compte sur 'Cali iz active', c'est Swizz Beatz qui se démarque niveau beat avec le banger "Sittin on 23z", un morceau où les DPG redéfinissent les codes de conduite en faisant fi des trop habituelles tracks qui parlent de pneus chaussés en 24 voire 26 pouces. Fatalement, le son sudiste fait irruption sur cette galette 75% Westcoast. Dans le lot, David Banner s'affirme avec le monstrueux "Faknass Hoes" qui ressemble étrangement à "Dirt Off Your Shoulders" de Jay-Z et Timbaland. Qu'on aime ou pas, impossible d'oublier "Make That Pussy Pop" feat Paul Wall (prod. Shondrae Bangladesh), la faute à une mélodie de xylophone qui colle au plafond crânien de même que les gémissements discrets et incessants. Le reste, Jazze Pha gâche la fin de l'album ("She Likes Dat"). Voilà qui donne de quoi être réticent.

Les thèmes ne surprennent pas, avec toujours cette mysogynie prononcée typiquement locale. Un thème récurrent et de ce fait ordinaire qui révèle les grosses faiblesses lyricales et instrumentales même de cet album. Nos deux activistes et demi font pâle figure sur "Hard on a Hoe", "Make That Pussy Pop" et "She Likes Dat". Côté guests, outre Paul Wall et David Banner, on retrouve les caméos de RBX par deux fois, accompagné à chaque fois d'un Nate Dogg invisible (surtout sur "Don't Sweat It"). Ice Cube non plus n'est pas un modèle de présence en ne sortant la seule phrase du refrain de "It's All Hood". En revanche, cela fait plaisir d'avoir des nouvelles de Lady of Rage sur "Keep It Gangsta". Par contre on se demande ce que vient faire Diddy sur "Craccin All Night" en rendant la réplique à Snoop Dogg, si ce n'est symboliquement pour se montrer "côte à côte" avec les poids lourds Daz et Kurupt. Bonne track sinon.

C'est une tradition de sortir un album westcoast durant l'été et 'Cali iz active' ne déroge pas à ce principe. Un disque attendu et qui répond en partie à certaines attentes du duo Dillinger/Young Gotti sans pour autant remettre à jour leur formule habituelle. Pas de dépaysement, les Dogg Pound rassurent mais pas complètement à cause d'incursions sudistes, une mauvaise habitude en ce moment. Il faudra faire mieux la fois prochaine, avec des prods de Daz s'il vous plaît! Une chose est sûre en tout cas, la Westcoast vit une nouvelle aube grâce à ce second souffle qui vient de d'une génération vieillissante qui a eu son heure de gloire au milieu des années 90.

# Posté le dimanche 06 août 2006 10:19

Chronique - Army Of The Pharaohs : The Torture Papers

Chronique - Army Of The Pharaohs : The Torture Papers
Né de la volonté de Vinnie Paz (Jedi Mind Tricks) de constituer un combo regroupant emcees, producteurs et DJ's, Army Of The Pharaohs compte aujourd'hui un roster séduisant et efficace, qu'attendaient depuis un moment les amateurs d'un Hip Hop conquérant, fidèle à ses bases tout apportant une dose d'épique et de grandiloquent fort appréciable. Si la première apparition sur disque de la solide milice reposait sur les talents conjugués de Chief Kamachi, Bahamadia, 7L & Esoteric et Virtuoso, pour un « Five Perfect Exertions » accueilli à bras ouverts pas le public, la bande a aujourd'hui pris de l'ampleur, et subi quelques changements. Exit, donc, Bahamadia et place à l'ensemble du crew Jedi Mind Tricks (Vinnie Paz, Apathy, Esoteric, Kamachi, Crypt, Faez One, Des Devious, Celph Titled, ou encore King Size) pour une sortie événement qui, à n'en point douter, fera date.

Il faut parfois peu de temps pour se rendre compte qu'on se trouve face à un opus à part, un classique (le mot est déjà lâché !) en devenir, un morceau de bravoure sans accro. Pour The Torture Papers, le constat ne prend que quelques secondes, le temps de tomber irrémédiablement sous le charme du violon entêtant de « Battle Cry », morceau introductif produit par Shuko et sur lequel officie l'Armée au complet. Chacun envoie tout ce qu'il peu avec ferveur et talent, virtuosité et fougue. Difficile de résister à une entrée en matière aussi percutante. Et si contre toute attente le moindre sceptique persistait, « Gorillas » et son beat frisant la perfection (de DC The MIDI Alien) devrait finir d'achever toutes les résistances.

Grosse impression également avec « Henry The 8th » sur lequel le hargneux Vinnie Baz dévore littéralement l'instru d'un premier couplet d'ogre. Les perles se suivent sans toutefois se ressembler (tout en conservant cette veine opulente et oppressante, entre grandes conquêtes et Contes de la Crypte). Le titre éponyme, « The Torture Papers » laisse sans voix, de même que « Wrath of Gods » sur lequel Apathy fait une nouvelle fois preuve de son imposant talent (à l'instar de son magnifique dernier opus personnel). Le chef d'œuvre et parachevé par un « King among Kings » de haute volée. A l'image de l'opus, cette énorme track en forme de point final associe à la perfection production impeccable (de 7L) et prestations de emcees de pointe.

Difficile d'en dire plus, tant la qualité de l'opus parle pour lui. Cette Army Of The Pharaohs livre une pièce maîtresse d'un Hip Hop actuel en manque d'artistes capables de mettre à profit leur talent dans un véritable opus collectif. De bonnes plumes, de gros flows, des charismes et des personnalités complémentaires, des producteurs inspirés, telle semble être la recette coup de poing pour ce combo effectivement pharaonique. Si vous avez bien reçu le message, vous êtes sans doute déjà sur le chemin de votre disquaire. Si vous ne l'êtes pas, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

# Posté le lundi 12 juin 2006 09:47

Chronique - Apathy : Eastern Philosophy

Chronique - Apathy : Eastern Philosophy
Apathy est un MC hors pair. Voilà c'est dit, c'est clair.

Apathy des Demigodz Crew, c'est la nouvelle sensation du cercle très renfermé des rappeurs blancs undergrounds, à côté des Cage, Doujah Raze, Aesop Rock, Necro, Termanalogy, etc... Remarqué par la maison de disque Atlantic, ce phénomène sort son premier album 'Eastern Philosophy' (chez Babygrande/Nocturne), qui compte bien perpétuer la tradition d'un son 100% Eastcoast légué par des références parmi les références comme KRS One, Gangstarr, Mobb Deep, Nas, Rakim, Raekwon, Jay-Z, Masta Ace, Biggie,... en ne manquant de citer non plus les Fugees ou Organized Konfusion. Passionné avant tout de vrai Hip Hop, ce emcee respecte toutes les essences essentielles d'une musique rap authentique : des textes qui apportent beaucoup de matière, des punchlines très bien placées qui sautent aux oreilles, des productions bien lourdes et variées, et un vrai flow de rageux et travaillé.

C'est sûr qu'en grandissant à l'ombre de ces grands classiques rapologiques nés dans la Capitale du Hip Hop, New York City, Apathy s'est nourri de matières premières non manufacturées. 'Eastern Philosophy' est un état d'esprit qui n'est pas nécessairement un retour aux origines histoire de se la jouer old school, mais plutôt une sorte de remise en question dissertée qui se retranscrit dans une musique sans artifices et efficace : le MC est là pour cracher ses lyrics derrière un micro où les refrains sont des scratches de bribes de phrases cultes issues du patrimoine Hip Hop. Ni plus ni moins qu'une optique 'eastcoast revival' en revenant aux bases; mieux, un hommage presque sous forme d'un documentaire auditif. Et personne n'osera le contredire lorsqu'il cite « I'm like an eighty-eight classic » sur « Can't Leave Rap Alone » feat Celph Titled et Ryu des Styles of Beyond (groupe qui a participé au projet Fort Minor). Rien que ce morceau suffit à montrer le très haut niveau, avec un sample de Jay-Z pour courronner le tout.

Que dire donc de la qualité des quelques autres morceaux, qui généralement parlent du rap avec des thèmes bien précis, que ce soit les gangsters en carton pâte (« Here Comes The Gangstas ») ou une retrospective empreint de nostalgie (« I Remember... ») lorsque les rappeurs vivaient le hip hop plutôt que d'en vivre. Comme il est dit plus haut, Apathy a un sens inné de la formule et fait les choses dans les règles de l'art, le tout sur des instrus, comme prévu, dans la continuité de ce qu'il s'est toujours fait sur la Eastcoast. Pas la peine de faire l'étalage des meilleures chansons de ce 'Eastern Philosophy' car elles sont toutes vraiment très bonnes, avec une préférence pour la fin de l'album, plus sombre, acidulée et froide (« Philosophical Gangsta », « The Winter »). Si on parle aujourd'hui de rap conscient comme étant la meilleure alternative à tout ce qui est superflu dans le rap game, l'album-même est clairement une prise de conscience du Hip Hop.

A l'heure où le son Dirty South étouffe la scène rap US de tout côté avec ses beats bourrins et des thèmes superficiels servis par des rappeurs aux dents diamantées qui parlent de jantes de voiture, à une époque où le hip hop s'est autocapitalisé malgré lui et régit par des individus aux talents contestables vantant la gangsta attitude, où les vrais sont déchus de leur talents ou crédibilité pour surfer sur la vague mainstream, et l'artistique diminué à l'état de mode vestimentaire ou couleurs pourpres, il paraît bon de revenir là où le Hip Hop a divergé dans les mauvais sens. C'est peut-être subjectif de surévaluer un album par rapport au contexte actuel mais force est d'admettre que Apathy et sa 'Eastern Philosophy' hérite dignement de ses éminents prédécesseurs, et le mérite qui va avec. De quoi redonner le moral aux puristes et amateurs.

# Posté le jeudi 08 juin 2006 15:04

Chronique - Bubba Sparxxx : The Charm

Chronique - Bubba Sparxxx : The Charm
Le Beat Club a fermé ses portes, problèmes de rentabilité, et le protégé Bubba Sparxxx s'est retrouvé à la rue. L'histoire avait pourtant bien commencé, lorsque ce campagnard s'est lancé dans le rap plutôt que se destiner à sa prometteuse carrière de footballeur américain. Pas simple lorsqu'on est un blanc vivant en Amérique profonde. Découvert au hasard par le célèbre producteur de génie Timbaland, William Mathis de son vrai nom est mis en deux temps trois mouvements sous les feux de la rampe avec les hits « Ugly » et « Lovely », extraits de 'Dark Days Bright Nights'. Son superbe deuxième solo 'Deliverance', toujours produit par Timbo et Organized Noise, mélangeait hip hop et country/blues, et a su insuffler pour de bon un vent de fraîcheur dans le Dirty South avec ce qu'il appelle lui-même New South. Les critiques ont été généralement élogieuses le concernant. Hélas, le chapitre n'a pas pu continuer et une page a été tournée. C'est de fil en aiguille que Big Boi des Outkast, qui venait tout juste d'ouvrir son label Purple Ribbon, le signa et pris la casquette de producteur éxécutif pour 'The Charm' (qui devait initialement s'appeller 'Space Mountain'), le troisième album de Bubba. C'est le début d'une nouvelle aventure qui s'annonçait.

Dès les premières rimes et coup de percussions, il est clair que l'ambiance n'a rien à voir avec ses précédents albums. Les Organized Noise, qui s'occupent de la moitié de la réalisation de ce disque, n'ont pas pris trop de risques et se contentent de surfer sur la vague sudiste à la mode, c'est-à-dire un son un peu crunk aux tambourins prononcés : « Claremont Lounge » fait parti de ces chansons dont on pensait qu'il y aurait un soupçon de country dessus mais justement non, ce n'est pas ce qu'on attendait de Bubba Sparxxx. Même Killer Mike fait une contre-performance sur ce morceau. Heureusement, le duo de producteur rattrappent le coup avec des instrumentaux avec un style qui rappelle vaguement ceux qu'ils faisaient pour les premiers Outkast: « Wonderful », « The Otherside » feat Petey Pablo et Sleepy Brown pour le côté gospel, et « As The Rim Spins » qui évoque « Wheelz of Steelz » sur 'ATLiens'. Sans trop effacer notre déception. Mr DJ et Big Boi viennent prêter main forte toujours dans une veine Dungeon Family, sur respectivement « That Man » et « Ain't Life Grand ». Le changement d'écurie a des repercussions sur l'emballage sonore de Bubba, plus dans le moule actuel, et l'influence de Big Boi sur la tournure stylisque est significative. L'ironie dans cette histoire, c'est que ça fait perdre son charme.

Pour le coup du morceau country « Run Away », les choses n'ont pas été faites à moitié : pas de beat hip hop, juste une ballade bluesy produite par Jayson Bridges de Basement Beats et James Hargrove. En ce qui concerne le carton outre-Atlantique de « Ms New Bootie », celui s'explique par la patte caractéristique de Mr Collipark, qui se repompe une nouvelle fois dans un mélange de « Wait » et « Play » de David Banner. Les Ying Yang s'invitent sur ce hit (dont la vidéo est disponible sur le CD si vous l'écoutez sur l'ordi), avec un couplet chuchoté de D-Roc, on s'en serait douté. Pas facile de cacher la nostalgie des deux premiers albums de Bubba Sparxxx et des productions de Timbaland. Et il faut attendre la fin de 'The Charm' en plage 11 pour retrouver un de ses instrumentaux inspirés: « Hey A Lil Gratitude ».

# Posté le jeudi 08 juin 2006 10:21

Chronique - Gnarls Barkley : St Elsewhere

Chronique - Gnarls Barkley : St Elsewhere
Cette nuit j'ai fait un drôle de rêve, genre 'Alice aux Pays des Merveilles' version troisième millénaire revu par les frères Wachowski. Un bruit sourd, comme un faible grésillement d'enceintes en train de respirer me réveilla en pleine nuit. Mon corps se sentait lourd et mon regard flou attiré par une lumière. L'affichage turquoise de la façade de ma chaîne hi-fi me regardait et éclairait faiblement l'obscurité de ma chambre, puis celle-ci ouvrit sa bouche de plastique aux lèvres en aluminium pour avaler le CD de Gnarls Barkley qui était sur mon bureau. Le ciel de la pièce entra en raisonnance avec la chaîne stéréo, et un orage magnétique se mit à gronder, une brume épaisse et sombre tourbillonnant au dessus de ma chambre. Après un flash violent, puis plus rien, je crus entendre quelquechose bouger dans mon placard, le « Boogie Monster » était là, en train de faire coulisser la porte. Puis son ombre patibulaire finit par en sortir, éclairant la pièce avec une boule de lumière dans sa main, et la lança contre le mur qui s'effaça telle une pellicule en train de s'enflammer.

Changement de décor instantané, je croyais reconnaître un quartier de Londres bien kitsch peint à l'encre de chine, envahi par le phénomène « Crazy » qui touche une population anglaise qui a soif d'excentricité. Le temps de trouver mes repères en noir et blanc, je lisais le panneau devant mon nez: « St Elsewhere ». J'aperçûs de dos la personne corpulente, qui s'était introduite pendant mon sommeil, quelques dizaines de mètre plus loin, et je courus comme un dingue le suivre, moi-même poursuivi par l'air de violon de « Crazy ». Le liquide noir dessinait les batîments, les voitures et taxis londoniens, les rues, au fur et à mesure que le bonhomme évoluait. Jusqu'à ce qu'il entre dans un pub, ou une sorte de café théâtre plutôt. Je franchis la porte d'entrée, et les couleurs me raviva la vue, un peu beaucoup d'ailleurs puisque j'étais dans un dessin animé. Dans une ambiance so british, je remarquai en premier lieu sur la scène, un homme au masque de métal qui slammait et n'était qu'autre que MF Doom récitant son couplet de « Benzie Box »; Un gaillard assis les bras croisés devant la scène bougeait la tête, un joueur de basketball qui portait le maillot Charles Barkley. Dans le rôle des piliers de comptoir: Damon Albarn et sa clique des Gorillaz (en cartoon bien sûr), servis par un souriant Jazze Pha en plein happy hour. Sur les murs, j'ai remarqué des disques en vyniles des Beatles à Jay-Z en passant par les Goodie Mob et la Dungeon Family. Quant soudain un très long bras en métal me passa quelques centimètres devant moi et pris un verre de lait depuis une table sur ma droite: c'était un homme un peu maladroit en imperméable, l'inspecteur Gadget, à ma plus grande hallucination. C'était carrément irréel mais fort sympathique, et quel choc quand je me suis aperçu que j'étais en personnage South Park.

Un drôle de serveur s'approchait de moi, c'était ce clown de Cee Lo habillé en bouffon, avec une petite souris portant un T Shirt 'Danger' et une perruque crôlée qui se tenait aggrippée sur son épaule. Il s'asseya sur la chaise en face de moi, intrigué et impressionné, et m'expliqua d'abord la présence du détective desarticulé: il m'a dit, en anglais évidemment, que sa liberté de mouvement l'a inspiré pour une chanson de gospel (« Go-Go Gadget Gospel »). Ensuite, sa tête grimagée dévisagea ma caricature en me demandant qui j'étais pour m'être introduit dans sa Soul Machine, à « St Elsewhere ». Je ne savais quoi lui répondre, à part que j'aimais beaucoup sa créativité et l'inventivité de Danger Mouse. Visiblement cela le faisait sourire, et s'est mis à philosopher sur la vie et sur le pourquoi du comment. Plus sérieusement, il m'a averti qu'il était le « Transformer » et régissait les lois de son propre esprit et qu'il n'avait pas fixé de limites. Et alors que je l'écoutais parler, sa voix et le temps se sont mis à s'accélérer sans me rendre compte que le café dans lequel je me trouvais a fait place à des circuits électroniques. Cee Lo se leva, et la chaise sur laquelle j'étais assise me retenait. Notre artiste m'injecta un drôle de produit avec une piqûre qui ressemblait à un distribiteur de bonbons Pez, dont la graduation ressemblait à une barre de téléchargement. Arrivé à 100%, je me suis retrouvé aspiré dans des boyaux de circuits électroniques. Le voyage ne faisait que commencer.

Pendant le chargement, toujours assis, une musique d'attente (« Online ») me faisait patienter. Cette fois, quand le transfert fut terminé, deux portes s'alignèrent, dont une avec un sens interdit. L'autre ressemblait à une carte Joker: ce fut celle-ci que je choisîs de passer. Nouveau choc encore pour mes yeux et oreilles : ça tenait plus du jeu vidéo comme les Sims que du film d'animation. Je me retrouvais dans une usine à smileys, avec des tas de petits bonshommes heureux de travailler à la chaîne. Des parlophones chantaient « Smiley Faces » sur un rythme entraînant, motivant tout ce petit monde à s'affairer à leurs tâches respectives. Une porte avec une tête de souris masquée comme celle de la pochette de Dangerdoom semblait indiquer la sortie de cette manufacture, d'après mon intuition. A peine franchie que je me retrouvais en face d'une ville futuriste aux formes arrondies dans un style japonais '80s revival', d'après ma vision pixellisée. Fasciné par cet univers étrange, je marchais seul asking myself lots of questions about me, but « Who Cares? » It doesn't matter. Au détour d'un regard ahuri, je suivis instinctivement une jeune demoiselle aux formes généreuses sur un air pop/rock électro (« Gone Daddy Gone »). Et la faim se fit soudainement sentir, et une drôle d'envie de manger des sushis. Comme par hasard entre deux buildings au design avant-gardiste, se tenait un restaurant japonais « The Feng Shui ». Ma vision était devenue celle d'un manga, retour au N&B. Tiens, revoilà Cee Lo dans un kimono noir assis sur le parquet devant une table basse déclamant quelques versets. Dans un coin de la pièce, Danger Mouse essayait maladroitement de manger du riz avec des baquettes. Mais après soixante secondes de rap, Cee Lo m'affronta du regard et m'invita à m'assoir face à lui venir boire le liquide dans le bol qui se trouvait sous mon nez. Mais rien qu'en plongeant ma tête dedans, j'ai basculé dans un nouvel univers encore. Décidément, ce rêve n'a ni queue ni tête.

Désert méxicain, rocheux et poussiéreux. Sous un sombrero, Danger Mouse jouait de la guitare sèche tranquillement, sans trop se soucier de Cee Lo qui se situait au bout du canyon au loin, la tête baissée en train de se parler tout seul (« Just A Thought »). Voulant l'empêcher de tomber dans le précipice, je tentais de m'approcher de lui mais à chaque fois que son chant plaintif arrivait à mes oreilles, un beat à la DJ Shadow provoquait un tremblement de terre et me faisait perdre l'équilibre. Tombant sur mes genoux une Nième fois, le sol se fissura et le monde s'écroula sous mes jambes, et je me suis mis à tomber dans une longue chute vertigineuse, dans le vide noir absolu. Là je pensais en avoir fini, entendant une voix me disant de me lever. Et je me suis levé, cloisonné dans un cercueil ouvert à l'air libre. Debout, la tête au niveau du sol, je cherchais à me dépétrer en m'accrochant à la terre quand une main se tendit vers moi. Je relevais la tête et vit un spectre sous une capuche, un « Necromancer ». Je sais tout de même la main sans trop réfléchir et me suis retrouvé dans un cimetière bien glauque et extravagant digne d'un film de Tim Burton. Je reconnûs encore Cee Lo à travers sa silhouette imposante. Il n'y avait pas de nom sur la pierre tombale en dessous de laquelle j'étais allongé, mais les autres tombes portaient le nom de ses victimes féminines et des autres démons qui le hantent. Il me raccompagna jusqu'aux grilles de l'entrée du cimetière, qui donnait sur une longue autoroute sans fin. Sans trop comprendre pourquoi, paniqué, je me mîs à courir le long, pris en chasse par un cyclone « The Storm Coming », le même que celui qui s'est dessiné dans ma chambre. Les mouvements du vent m'attirait vers son oeil, jusqu'à ce qu'il m'aspire dans les air. Et là, « The Last Time », générique de fin du film.

Je me réveillai en sursaut et repris doucement mes esprits, respirait un peu. J'étais bien rassuré de me retrouver dans ma piaule, un peu angoissé dans le noir, d'autant plus que ma chaine hi-fi était restée allumée. Cela m'apprendra à écouter en boucle le même disque toute une journée. Unique en son genre. C'est plus que du hip hop, c'est génial.

# Posté le jeudi 08 juin 2006 10:18

Modifié le mardi 22 mai 2007 11:03